A l'origine, les avocats du diable avaient pour fonction d'empêcher la canonisation d'un saint, en réfutant les arguments émis en sa faveur. Cette démarche, systématique, se rapproche du sens donné à cette expression aujourd'hui: Une personne qui réfute systématiquement l'idée de l'autre, sans pour autant adhérer lui-même à ses propres arguments. (Evident, puisque systématique...)

Mais si l'on observe bien, les avocats du diable agissent bien plus souvent dans le cadre d'une discussion intime ayant pour sujet le ressenti, que lors de débats d'idée en groupe. En effet, le pleutre, loin d'enrichir la conversation, se posera là comme une bûche, neutre au possible, insupportable. Ce n'est donc pas dans l'atmosphère insécurisante d'une relation de groupe propice au jugement, que l'avocat du diable vaquera à ses activités de sabotages, mais dans la réconfortante confession de l'autre lui ouvrant son coeur, prêt dans sa vulnérabilité temporaire à subir ses assauts.

 

Un ami qui ne vous veut pas du bien

Méfiez-vous de celui qui cherche toujours à défendre le coupable, sous couvert de vous apporter des idées constructives. Ami ou conjoint (le tout à mettre bien évidemment au féminin dans la moitié des cas!), volontiers confesseur, l'avocat du diable agit comme un paralysant parasite. Mais que paralyse-t'il au juste? Vos émotions messieurs-dames.

En effet, il ne ressent lui-même pas ses véritables émotions. Manquant d'empathie au plus haut degré, il a été lors de son enfance, totalement coupé dans ses émotions par des maltraitances, abandons ou négligences répétées. Arrivé à l'âge adulte, il ne supporte pas l'expression émotionnelle de l'autre. Les gens qui se plaignent lui font horreur. Il se fait volontiers rabat-joie si l'autre est d'une humeur particulièrement enthousiaste, ou au contraire joyeux et débonnaire, si l'autre lui fait part de ses souffrances. Sa fonction d'avocat se met systématiquement en place pour défendre le droit d'exister de tout ce qui n'est pas vous et vos émotions de l'instant. 

Si par exemple un membre de votre propre famille se comporte avec vous de manière intolérable, il défendra cette personne sans en avoir l'air. Car n'oublions pas qu'une des particularités du parasite est de bien savoir se dissimuler afin de n'être pas facilement expulsé.

La défense de l'autre prendra des airs de positivisme (Je suis sûr(e) qu'il n'a pas voulu dire cela. Parle-lui, il comprendra sûrement.), de résignation (Après tout c'est ta soeur, ton frère, ta mère, etc...on a qu'une famille!), d'ignorance bêtasse (Ah booon? Je n'ai pas remarqué, tu exagères non?), de moquerie gentille (rôôô, toi et la dramatisation! Quel caractère!), de neutralité récionciliatrice (Vous vous disputez sans cesse et vous êtes aussi têtu l'un que l'autre. Sois plus intelligent(e).), de cynisme aux allures philosophes (Si tu as le temps de te prendre la tête avec ça, c'est que tu vis confortablement, c'est un luxe de pouvoir se plaindre dans notre civilisation occidentale.), de violence aux allures de révolte (J'en ai assez, ça suffit! C'est insupportable de t'entendre te plaindre sans cesse, fais quelque chose!)...

Mais jamais, jamais de compassion.

C'est une forme de maltraitance au quotidien qui est totalement sous-estimée, parce que mal détectée (comme d'habitude). Et pourquoi mal détectée? Parce qu'extrêmement courante et donc, subie par beaucoup depuis leur enfance, elle se fond dans le paysage de nos relations amicales et conjugales sans être prise suffisamment au sérieux. 

Pourtant, il faut absolument détecter cela dans notre entourage, car cela peut conduire, dans certains cas à des dépressions nerveuses, voire même au suicide. La solitude affective, vécue dans le mensonge, est totalement destructrice. Sans empathie de la part de notre entourage, nous pouvons, sans comprendre pourquoi, sombrer petit à petit dans un désespoir sans contours.

 

Le détecter


Il est très difficile de détecter un avocat du diable, à part si l'on a passé plusieurs années à ses côtés de façon régulière. En effet, ses réfutations systématiques peuvent passer pour des opinions. Si vous lui avez déjà dit quelque chose comme: "Tu n'es jamais d'accord avec moi", il vous aura certainement répondu par l'une de ses nombreuses bottes secrètes, au choix: "C'est faux tu dis n'importe quoi. Tant mieux, si on était d'accord sur tout on s'ennuierait vite. J'ai bien le droit d'avoir des opinions, désolé(e) si ce ne sont pas les mêmes que les tiennes. En réalité, cela indique que c'est plutôt toi qui ne supporte pas d'avoir le dernier mot."

Il peut être votre meilleur ami, votre conjoint, un membre de votre famille (dans ce cas dernier, c'est un problème qui est transmis à tous ses membres, vous le faites peut être vous-même sans vous en apercevoir).

Voici néanmoins des indices qui vous permettront d'ouvrir les yeux sur ce type de personne malfaisante:

  • Il rit quand vous pleurez. Rire moqueur, sarcastique, cynique, soi-disant pour dédramatiser....en réalité, méprisant.
  • Il dit volontiers qu'il "n'aime pas se prendre la tête"
  • Vous êtes joyeux sans raison, et vous vous heurtez à un mur. Pourtant, il n'a pas de problème particulier ce jour.
  • Vous êtes déprimé, il se montre alors gêné, ou utilise les phrases positivistes ou violentes citées ci-dessus.
  • Il change de sujet alors que vous n'avez pas fini de parler.
  • Vous vous sentez le ventre comprimé dès que vous avez une conversation "profonde" avec lui.
  • Vous vous disputez souvent, et il vous dit que vous avez tous les deux "des mauvais caractères" alors que vous êtes presque certain que vous êtes plutôt faible ou trop gentil en général.
  • Il ne vous reproche jamais rien avant que vous ne vous soyez exprimé.
  • Il n'affirme pas d'opinions avant que vous n'ayez exprimé les vôtres
  • Vous l'avez déjà entendu plusieurs fois se contredire.
  • Quand il y a débat (ou dispute) de groupe, il ne s'engage jamais et ressort toujours de l'affaire aimé de tous.
  • Quand il assiste à une dispute entre deux personnes, il dira toujours que les deux ont tort. Personne n'a commencé, personne n'est coupable.
  • Il se dit volontiers médiateur.
  • Il daigne se comporter temporairement plus humainement quand vous le menacez de rompre.
  • Quand vous ne connaissez pas un élément de culture générale, et que vous en êtes gêné, il insiste beaucoup sur son incrédulité face à votre ignorance. (Quoiiii, tu ne connais pas çaa???)
  • Le chien vous mord: Tu n'avais qu'à pas le titiller. Le chat vous griffe: Tu n'avais qu'à pas l'embêter.
  • Vous tombez: Mais si tu regardais où tu marches aussi!
  • Vous vous êtes fait voler votre portefeuille: Ben oui, mais il faut fermer son sac dans le métro!
  • Il vous arrive un malheur que vous craigniez par le passé: Tu t'y attendais de toute façon non?
  • Vous pleurez: Pleurer n'arrange rien. Ca fait trop longtemps que tu pleures (???!!!). A un moment donné, il faut se ressaisir.

 

Le fuir


Très souvent, l'avocat du diable est un pervers narcissique. Il ne sait pas se remettre en question, car avouer ce penchant reviendrait à remettre en cause tout son édifice bâti pour empêcher ses propres émotions de ressurgir. Il contrôle.

 

Vous pouvez lui en parler gentiment, il sortira ses bottes secrètes. Il fera en sorte que la conversation se termine en sa faveur. Il n'aura rien avoué, vous lui auré tout pardonné.

Vous pouvez toujours essayer de lui mettre le nez dans son caca, vous ne feriez qu'aggraver les choses. En effet, il retournera contre vous votre supposée violence, en se victimisant. Vous passerez pour le méchant et lui pour celui qui n'avait rien demandé. On ne peut pas accuser quelqu'un de neutralité. On a l'impression de donner un coup de poing dans l'eau.

Très souvent, qui plus est, cette personne s'est faite pilier d'un groupe (famille, cercle d'amis). Extrêmement charismatique (l'une de ses techniques de survie étant d'attirer l'amour de tous et de toutes), et vous ne trouverez aucun soutien en vous rebellant ouvertement contre lui.

Si cette personne n'est pas le centre d'un groupe, elle est au contraire extrêmement seule, vous ayant pour seul ami, seule personne capable de lui apporter du bonheur. Vous vous sentez alors un poids immense sur les épaules, le devoir de ne pas l'abandonner. Mais ce type de parasite-là se remet, contrairement à ce qu'il prétend, très bien des ruptures, s'attachant immédiatement à un autre hôte.

La solitude physique, souvent temporaire, ne tue pas. La solitude affective, vécue aux côtés de quelqu'un qui SEMBLE NOUS AIMER, peut, elle, tuer.

Alors libérez-vous et fuyez. Vous pouvez toujours écrire une lettre pour vous exprimez par rapport à tout cela. Ce seront toujours au moins deux phrases que vous aurez pu aligner sans vous faire couper par le robot sans émotions!