Je voudrais tenter ma chance
J’ai besoin de changer d'air
Je veux entrer dans la danse
Aller vers la lumière
La lumière de mon enfance
Mettre fin au mystère

"Je voudrais" générique de Raiponce (Disney)


Attention, cet article analyse un phénomène psychologique au travers d'un film de Walt Disney, Raiponce. Il est nécessaire de l'avoir vu pour pouvoir le comprendre en totalité. 

Une mère malade

Au début du film, une narration situe l'action qui va se dérouler par la suite. Il était une fois un royaume dans lequel vivaient un roi et une reine. Malheureusement, la reine tombe malade et l'on envoie des soldats à la recherche d'une fleur d'or capable de la soigner. Cette fleur est gardée par une sorcière, mais elle tout de même découverte par les gardes et la reine guérit. Elle donne alors naissance à une petite fille aux cheveux d'or.

La sorcière symbolise la maladie psychologique de la mère, tandis que la petite fille qui naît littéralement grâce à la fleur d'or représente ces enfants de consolation, ceux qui permettront à la mère de transférer son besoin d'affection non reçu par le passé. L'or de la fleur, l'or des cheveux, c'est la richesse que représente un être totalement vulnérable et à la disposition du parent pour une mère en manque d'affection et de reconnaissance. La mère, la "vraie" (reine) comme la "fausse" (sorcière), ne possède pas de Soi. Il lui faut donc s'approprier celui de sa fille pour survivre. Les parents ne se remettront d'ailleurs jamais de la disparition de l'enfant. Inconsolables, ils envoient des "illusions" d'étoiles vers le ciel pour appeler le Soi à revenir vers eux.

La sorcière est la perversion narcissique. Représentée par le miroir, l'extinction de toute source de lumière, l'enfermement physique et psychologique, le mépris et les insultes ("tu es empotée, naïve"), les menaces, la terreur du monde extérieur, le charisme, l'humour malsain, le tout recouvert sous une couche de mensonges visant à hypnotiser la victime pour lui faire croire qu'elle est sa seule chance de survie en ce monde.

 

Le faux-Soi en action dans la tour infernale

Raiponce, depuis toujours, se persuade que ses multiples activités (lecture, cuisine, ménage...) sont son véritable Soi. Hors, il s'agit d'un faux Soi, construit pour éviter de voir la véritable nature de la tragédie de son enfance. La seule chose qu'elle fasse pour se libérer est de peindre, Mais elle ne sait pas ce qu'elle peint. Elle ne découvrira le symbole de sa véritable histoire qu'à la fin, en reconnaissant le dessin du soleil. Elle l'avait inconsciemment dessiné partout dans la tour. Le seul dessin qu'elle ait fait qui soit consciemment un désir qui lui appartienne est caché par un rideau. Elle se risque à le montrer à sa mère (tentative de rebellion avortée rapidement), demandant en fait à son geôlier la permission de sortir.

Elle persuade son ami Pascal le caméléon, qu'elle est parfaitement heureuse. Pascal représente la façon de fonctionner d'un faux Soi. Ne pouvant se baser sur lui-même et ses propres émotions, un être dont le Soi a été volé devient un véritable caméléon de la personnalité. Il ne sait que penser, change facilement d'opinion, fragile et sans aucune intelligence émotionnelle, il perd toujours (22 à 1!).

Au sol, une dalle recouvre un chemin d'accès vers le bas, bouché par des pierres, elles-mêmes recouvertes de lierre. C'est le couvercle mis sur les émotions, empêchant le corps d'y accéder. La seule connaissance que Raiponce peut avoir de la vie est la vision par le haut. Appelée aussi sentiment de grandiosité par Alice Miller, cette connaissance ne permet d'accéder qu'au cortex, à la raison, non aux émotions véritables. Il faut pouvoir utiliser le Soi pour descendre en bas, parmi les hommes. En haut de sa tour, protégée des émotions par un couvercle, Raiponce lit et relit les mêmes livres (symbolisant les troubles obsessionnels), fait des cookies en trop grand nombre (boulimie), fait le ménage à outrance (maniaquerie), et peint sur tous les murs sa souffrance pour être enfin comprise.

 

 

Des cheveux qui s'illuminent

Les cheveux d'or représentent le Soi volé, et par là même, le cordon qui la rattache à sa mère. Ce cordon qui doit être coupé normalement lors de l'accès à l'autonomie, est chez Raiponce toujours présent à ses 18 ans. Encore plus solide et plus long qu'à la naissance. Il est sans cesse "réactivé" par les besoins narcissiques de la mère.

La tour représentant l'intégrité physique et psychique est chaque fois violée par l'intrusion de la mère, qui demande que le cordon lui soit envoyé à chaque fois qu'elle désire se rendre, elle, dans le monde extérieur. La mère peut accéder aux émotions (l'extérieur), l'enfant non. Il doit néanmoins être sans cesse à disposition, utilisable, donner de l'amour et de l'attention à la mère et lui permettre de vivre l'enfance qu'elle n'a pas pu avoir, le respect de son autonomie à elle (la liberté de sortir).

La coupure de la petite mèche symbolise la maltraitance. C'est d'ailleurs le seul élément de son enfance dont Raiponce connaît la véritable histoire. Elle sait que quelqu'un a essayé de lui voler sa mèche en la coupant. Cela a détruit un morceau de son Soi (la mèche est comme "morte" puisque ne poussant plus). Les enfants qui ont connu des maltraitances physiques ont moins de difficulté à se remémorer leur enfance et à recouvrir la vérité de leur passé. Les victimes de pervers narcissiques n'ont pas toujours connu cette maltraitance physique, mais très souvent uniquement verbale et psychologique. Cette dernière est beaucoup plus difficile à déceler. Surtout si l'univers est restreint à la seule vision d'un chef de famille despotique.

La chanson qui "active" les cheveux dit: "Ce destin impur, Rend moi ce qu'il m'a pris" symbolisant à la fois le vol du Soi par la mère, et le vol du Soi de la mère par son parent. C'est une relation "impure", car incestuelle. La mère capture sa fille émotionnellement. Elle lui sert de conjoint, de femme de ménage, de guérisseuse...

Eugène (l'amour véritable) permettra de couper définitivement cette relation incestuelle.

 

Un prince charmant poursuivi par un cheval

Un voleur nommé Eugène débarque par inadvertance dans la tour, car poursuivi par un cheval acharné. Le cheval représente la sexualité à l'état de plusion vitale. Mal maîtrisée par le jeune homme, elle est tout d'abord un ennemi. Puis apprivoisée par la jeune femme, il deviendra un fidèle allié. En premier lieu, Eugène est enfermé par Raiponce qui a extrêmement peur de la relation amoureuse, ne connaissant que l'image décrite par la mère. N'ayant jamais accédé à ses émotions auparavant (l'extérieur), le sentiment amoureux lui est en premier lieu insupportable. Elle essaie de l'anéantir, de l'enfermer, puis elle s'attache à lui par ce cordon, le seul exemple de relation qu'elle conçoive étant fusionnel. Elle passe ensuite par une étape de marchandage (je te donne, tu me donnes), afin d'accéder pour la première fois à la liberté d'être.

En cela, Eugène est un salvateur. Faisant office de témoin lucide, il est le premier à comprendre la véritable nature de la mère (Tu as une mère possessive, tu n'es pas en paix avec toi-même) et permet à la jeune fille d'expérimenter l'étendue des émotions humaines.

 

La mère introjectée

Dans mon précédent article "La tragédie du Soi emprisonné", j'explique comment l'enfant objétisé introjecte le parent. Il deviendra alors le successeur des désirs parentaux, se persuadant qu'ils sont les siens propres. Ainsi, si le jeune adulte commence à prendre conscience de son vrai Soi, est permis par un témoin lucide (Eugène) d'accéder à ses émotions, le corps se sentira temporairement désemparé. Faut-il s'écouter soi-même ou écouter son parent?

Raiponce est prise d'une totale confusion de sentiments. Tour à tour joyeuse, euphorique, dépressive, soulagée, sûre d'elle, effrayée, terrassée, elle est avant tout libre. Libre, tout en étant convaincue que sa mère "ne s'en remettra pas". Elle sait tout au fond d'elle, que sa mère a besoin d'elle pour vivre. Mais elle ne le conscientise pas comme la prise d'otage que cela implique nécessairement. Elle a été créée pour sauver sa mère, créée pour permettre à sa propre mère d'accéder à ses émotions, élevée dans le but de servir de cure de rajeunissement. Elle se sent donc profondément coupable d'abandonner sa mère. C'est ce que vit toute personne qui a subit ce genre d'éducation. 

 

Les brigands ou la panoplie des émotions basiques

Les brigands sont premièrement des êtres menaçants, effrayants, tout comme le sont les émotions dites négatives comme la colère ou la haine, lorsque nous ne sommes pas habitués à les ressentir librement. Mais lorsque le corps (le restaurant entier, symbolisant la chair, le corps et les besoins physiques) comprend que ces émotions serviront à accéder au Soi (le rêve), les brigands se révèlent humains et familiers. Ils permettent alors d'appréhender certains défauts et certaines qualités sous un jour non-menaçants.

-La vulnérabilité (le collectionneur de petites licornes)

-La naïveté (le vieil homme ivre)

-La timidité (le mime)

-Les défauts physiques (l'homme laid amoureux)

-Le talent artistique (le pianiste)

 

Le lâcher de lanterne ou la vision du Soi

Ce sentiment qu'il existe "autre chose", de nombreuses personnes coupées de leur Soi l'ont expérimenté. Regardant les étoiles au loin, elles se disent qu'il y a forcément un grand mystère à élucider dans cette vie. C'est la connaissance confuse d'un Soi potentiel, avorté dès l'enfance. Le bébé vient au monde avec cette connaissance du Soi, une expérimentation primitive d'émotions et de sensations que son corps gardera en mémoire toute sa vie, sans que jamais la raison ne sache où se situe cette "mystérieuse étoile".

Loin de sa mère, en compagnie de son témoin lucide, Raiponce a expérimenté les émotions, pris conscience de ses forces et de ses faiblesses, elle peut à présent voir le Soi, sa véritable nature. Naviguant paisiblement sur un lac, elle peut contempler qui elle est. L'accès au Soi ne peut être totalement consolidé que si l'enfant a pris conscience, non seulement de qui il était vraiment, mais aussi de sa véritable histoire, dégagée de toute illusion.

C'est pourquoi, malgré cette journée de joie et de festivité, elle permet de nouveau à la mère de reprendre sa place temporairement. Elle ne peut toujours pas se faire confiance, avoir confiance en ses propres émotions. Elle retourne dans le giron maternel. 

Mais trop tard, l'accès à la reconnexion avec le Soi a commencé et Raiponce ne peut retourner en arrière, même si elle le désire. Elle accède à la mémoire, son enfance revient, elle reconnaît alors dans ses dessins la tragédie de son vécu. 

 

La vraie vie au sol, sans cordon

Une fois les émotions reconnectées, Raiponce s'accepte en tant qu'humaine. Elle aime faire le bien autour d'elle, aime les enfants. Ses cheveux sont la marque, la cicatrice éternelle de sa souffrance vécue, mais elle saura vivre sans ce cordon maléfique qui la retenait prisonnière. 

Les émotions sont totalement intégrées (brigands acceptés au royaume) et la sexualité (le cheval Maximus) dirige son propre régiment. La sorcière est morte, réduite en poussière, elle peut être oublié à jamais. 

Les parents d'origine acceptent Raiponce sans ses cheveux d'or, ils la reconnaissent pour ce qu'elle est, non pour ce qu'elle a à offrir. Ils symbolisent à ce moment l'amour vrai (Laisser l'autre être ce qu'il est). Néanmoins, même si tout est bien qui finit bien, la dernière image offerte au spectateur jette un vent d'ironie sur le message de bonheur idéalisé: c'est le vieillard représentant la naïveté qui apparait en toute fin.