"Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir." Ressusciter, Christian Bobin.

 

L'objétisation: une colonisation insidieuse


Comment les Etats-Unis sont-ils devenus les maîtres du monde? En opérant une colonisation extrêmement discrète, par le biais d'un simulacre d'aide à son prochain et de vente de produits. Le résultat étant que tout le monde est DEVENU américain. On parle tous anglais, on regarde tous des films et séries américaines, on adopte leurs modes, leurs expressions, on achète leurs produits, on les idéalise (le rêve américain), nos journaux relaient leur propagande et nous nous laissons tous espionner par la NSA. Pourquoi? Parce que nous sommes formatés à ce comportement, et très rares sont ceux qui ont conscience que ce procédé à grande échelle, provient d'un schéma classique de relation humaine biaisée. Et pas n'importe quelle relation, mais LA relation, celle qui nous a construit, celle qui nous a été donnée d'expérimenter en tout premier, dès la naissance: la relation parents-enfants.

Pour expliquer comment notre corps a pu être colonisé et notre Soi emprisonné, il convient d'expliquer en premier lieu le terme "objétisation". Aussi appelé réification ou chosification en psychanalyse, ce concept est le mot dont toute personne en ce monde devrait connaître le sens profond. Un peu comme "amour", dont il est en fait l'antonyme réel. Mais peu de personne savent non plus quel est le sens du mot amour. Utilisé (surtout en français), à toutes les sauces, il finit par être confondu avec affection, attachement, dépendance, désir, jalousie, passion, sur-protection, nostalgie, admiration, etc...

Aimer c'est: Apprécier et soutenir l'autre dans son être, être en empathie.

L'amour parental= Amour+affection+écoute des besoins+responsabilité

L'amour en couple=Amour+désir+complicité

L'amour amical=Amour+complicité

Un grand nombre de personnes ne seront pas d'accord avec cette définition (en commençant par les académiciens), et pourtant, tout ce qui est pris pour de l'amour aujourd'hui est en réalité de l'objétisation. Un véritable double-langage inscrit dans notre cerveau par notre éducation, nous a fait croire à ces nombreux faux amours parasitaires.

L'amour peut aussi être appelé "tendresse". Ce n'est pas pour rien que ce mot est utilisé. Car l'objétisation provoque une situation intérieure carcérale, une tension, une contraction des muscles du diaphragme (dur), tandis que l'amour provoque une détente, un relâchement, une ouverture, un assouplissement du diaphragme (tendre).

D'ailleurs, si vous lisez la définition de tendresse dans Wikipédia, vous y lirez une sympathique tentative de définition de l'amour. (C'est comme l'amour, mais sans le négatif, euh sans la passion, presque commeeeeuuuh du respect tu vois???)

Mais alors elle vient cette définition de l'objétisation?

L'objétisation, c'est toute forme de tentative de s'approprier l'autre. 

La personne qui objétise ne reconnaît pas la valeur de l'autre en tant que sujet. Elle ne laisse pas (elle est souvent incapable, ayant été elle-même objétisée) la possibilité à l'autre d'être. Est incapable d'empathie (se mettre à la place de l'autre pour le comprendre), mais au contraire, introjecte (force l'autre à être comme elle pour être comprise).

Vous me direz: ben, l'autre il a qu'à dire NON, non?

Vrai, sauf quand l'autre est son nourrisson.

Un nombre majoritaire de parents projettent leurs idéaux sur leurs enfants. Ces idéaux sont les demandes du Soi à être vécu et qui ont été refoulées.

Il est difficile de choisir s'il faut commencer par l'oeuf ou la poule pour cette explication...Disons l'oeuf!

 

L'oeuf

Le bébé vient au monde avec un vécu, celui d'une immense aventure de construction physique, des ressentis, des émotions, des sensations, il a vu la lumière, il a entendu des voix filtrées, il a touché son propre corps, il a tapé contre les parois d'un ventre mou, il a dormi, et surtout il est venu au monde!! Sacrée aventure que ce passage dans le col de l'utérus! Ensuite, il y a eu le froid, la lumière aveuglante, les voix fortes! Il en a des choses à communiquer! Il cherche immédiatement le réconfort, le lait, la tétée, le corps chaud de sa maman, son regard compréhensif et aimant, il peut alors sentir qu'il est venu au monde dans un environnement de confiance. Si le papa est là aussi, le protégeant et l'aimant, que les médecins et sage-femmes connaissent ses besoins et ne coupent pas tout de suite le cordon, ne le lavent pas immédiatement, et le posent directement dans les bras de la mère, sur le sein, alors le bébé se sent rassuré, il est tombé sur une bonne équipe, qui va bien s'occuper de lui, il peut se détendre, et poursuivre sa construction psychique. Car le cerveau se construit, non pas sur 9 mois, mais sur 7 ans.

Le bébé a besoin de façon fondamentale d':

1) Etre reconnu comme venant de vivre cette aventure foetale et ce choc intense de la naissance (Cf Leboyer)

2) Etre reconnu dans ses besoins essentiels et vitaux (nourriture, sommeil, affection)

3) Etre aimé pour l'expression de ces besoins (manifesté par des pleurs dès lors qu'il se sent mal compris)

4) Etre respecté dans son aventure de vie et ses découvertes.

 

Mais de ces 4 points, la plupart du temps, SEULEMENT 1 ou voire AUCUN n'est respecté.

 

1) La mère ne voit que SON AVENTURE DE L'ACCOUCHEMENT A ELLE. D'ailleurs dans l'histoire de l'enfant (s'il a au moins la possibilité que l'on lui raconte son passé), l'histoire de son accouchement est raconté comme l'aventure unique de la mère, des douleurs, le mal qu'elle a eu à le mettre au monde, ou pas, la péridurale qu'elle a eue, la fatigue, sa perte des eaux, le trajet vers l'hopital. Le bonheur qu'elle a eu après la naissance, ou le blues...

 

2) Il est très courant que la mère soit incapable de ressentir une quelconque affection, dûe à sa propre histoire. Mais voici un extrait des PREMIERS SOINS (aufeminin.com) prodigués à l'enfant dès la naissance, alors qu'il n'a besoin que de sa mère, de téter et d'être rassuré:

"Très rapidement bébé va recevoir des soins : la désobstruction des voies respiratoires, par une aspiration des mucosités du nez et de la bouche. Puis viendra le pincement du cordon, qui sera ensuite coupé puis pansé (pansement que vous apprendrez à faire, dans les jours qui suivront à la maternité). Suivent une batterie de tests médicaux (rythme cardiaque, tonus musculaire, réflexes neurologiques…Quelques gouttes de collyre dans les yeux, une pesée, on l’essuie, afin d’enlever le surplus de vernix (cet enduit blanchâtre qui le protégeait dans votre ventre), on l’habille et le voilà ! Il est à vous. Profitez-en, gardez-le contre vous, dégustez ces moments intenses."

Je vous laisse noter le "il est à vous".

 

3) Lorsqu'un bébé pleure, sa mère peut selon son histoire être paniquée, stressée, désorientée, affolée, en rejet, ressentir de la haine, être déprimée, angoissée, se sentir harcelée, esclave du bébé, etc...Le bébé n'a besoin que d'être compris dans sa tentative d'exprimer ses besoins. Il est certe parfois difficile de comprendre son enfant, mais dans ce cas, le bébé, même s'il est frustré dans sa demande, ne doit pas sentir que le fait même qu'il ait demandé soi mal pris.

4) Les découvertes d'un enfant, à chaque minute, constituent une immense aventure. Vous ne vous en rendez plus compte aujourd'hui, parce que vous voyez chaque jour des formes et des couleurs, êtes habitué aux personnes, à la nature, aux objets, mais le bébé voit à chaque moment quelque chose de totalement NOUVEAU. Imaginez-vous un voyageur de l'espace, visitant une planète inconnue, ou un aveugle de naissance récupérant la vue après des années sans voir. Regardez cette vidéo de cet enfant né sourd et qui entend pour la 1ère fois: https://www.youtube.com/watch?v=RVadxtZ9KdY Avez-vous vu comme il est exalté et cherche rapidement à connaître le SON des objets qu'il connait depuis longtemps? Le bébé vit tout ça à la fois puissance 1000. Mais les parents, et ceci encore une fois, par rapport à leur propre vécu, cherchent à enseigner à l'enfant, à lui faire faire des choses, ou encore à obtenir de l'amour de sa part. 

Les vidéos de parents avec leurs enfants foisonnent. Voici encore un lien montrant exactement ce problème: http://www.youtube.com/watch?v=H51puGjMTz0 

L'enfant est balladé dans tous les sens, brutalement, plongé dans l'eau, secoué, lâché sur un toboggan...Pas à un seul moment l'enfant n'a demandé tout cela. C'est les parents qui rêvent d'un bébé nageur. Et on s'étonne que Ruben "ne soit pas tenté" (fin de la vidéo).

Et c'est tout le temps comme ça. On dit au bébé: "Viens chéri, viens faire un bisou à maman, viens voir papa, donne ça, viens-là!" Le bébé doit être laissé à SES explorations. S'il a besoin de l'adulte, il le dira! Mais c'est justement quand il en a besoin que les parents ne veulent pas. "Il est toujours dans mes pattes, je ne peux pas être tout le temps à ses ordres, oui, oui, j'arrive, oh la la."

Bien qu'il soit instinctivement totalement conscient de chacun de ses besoins, le bébé, jusqu'à ses 1 an et demi, n'a pas conscience de lui en tant que sujet. Il n'a pas conscience de lui-même, et ne fait aucune différence entre lui et l'autre. Il vit les situations sans possibilité de distanciation. Il voit ses parents comme une extension de lui-même, dont la fonction est de l'aimer et de lui apporter tout ce dont il a besoin. A 1an et demi, le cerveau en arrive à l'étape où il associe le Soi (les émotions) avec la conscience d'être sujet (par différenciation des autres sujets). En gros si le bébé devait formuler cela en mots, il dirait à 1 an et demi "Je ressens", alors qu'avant 1 an et demi, il dirait "Ressent".

Si tous ses besoins ont été comblés, le siège du "Je" et le siège du "Soi" seront connectés parfaitement, sans bug, de façon fluide. Il s'agit d'un faisceau de neurones tissé entre le cortex préfrontal et le système lymbique, en forme d'arbre. Il peut ainsi, après avoir eu confiance en l'autre, confiance en lui-même.

L'enfant a besoin, pour se développer correctement, durant la 1ère année et demi de sa vie d'être considéré en tant que sujet, d'avoir des parents conscients de ses besoins et qui font tout pour les satisfaire. Même s'ils n'y arrivent pas toujours, car aucun parent n'est "parfait". La frustration occasionnelle d'un enfant ne va pas lui causer de grands dommages, SI IL A LA POSSIBILITE DE L'EXPRIMER.

Mais s'il n'a pas eu la possibilité de le faire, alors il n'aura pas la possibilité de se ressentir en tant que sujet. Il sentira que sa mère fait les choses pour ELLE-MEME et non pour LUI. S'il était un adulte, il pourrait dire: "Egoïste, pense à moi!" ou encore "Fiche-moi la paix!", mais le bébé se trouve dans la situation infernale d'être obligé pour survivre d'aimer son parent. Car son parent lui fait passer le message suivant: "De ta collaboration à mes besoins dépend ta survie." Le bébé, sans défenses (car la défense suppose déjà la conscience, puis la force nécessaire, puis la possibilité d'indépendance), ne peut que satisfaire aux besoins de ses parents. Il n'a pas le choix.

Vous avez certainement au moins une fois dans votre vie connu une situation de harcèlement moral. Par exemple dans un job. Vous dépendez de cette source de revenu pour payer votre loyer, votre nourriture. Sans ce job, voud pourriez finir à la rue. Votre supérieur est désagréable avec vous, vous prend comme souffre-douleur, se lâche sur vous. Vous voyez cette sensation angoissante de ne PAS POUVOIR faire quoi que ce soit pour s'en sortir? D'être prisonnier? Cela conduit à la dépression. Cette angoisse renvoit à la situation atroce du bébé que vous étiez et qui ne pouvait échapper à ses parents dont vous dépendiez pour votre survie. Mais l'adulte PEUT se sortir de cette situation (sauf s'il n'a jamais d'une quelconque façon pris conscience de cette objétisation subie. Ne serait-ce qu'un "merde!!!" crié à ses parents quand il avait 15 ans), alors que le bébé ne PEUT PAS. Pour survivre à cette grave perturbation psychologique, il va créer un comportement adapté aux besoins de ses parents (ne pleurant pas, sage, souriant, puis plus tard, bon élève...), tout en ressentant une importante dissociation intérieure. Le fameux MANQUE DE CONFIANCE EN SOI.

 

La poule

Ainsi, l'enfant va grandir dissocié de ses véritables émotions (son Soi), et faire semblant, tout en se persuadant que son personnage créé est lui-même. Il n'aura la possibilité de ressentir pour la premièe fois ses véritables émotions qu'en ayant lui-même un enfant. Car tout ce que lui demandera son enfant, c'est ce qu'il n'aura pas reçu lui-même.

Une mère qui n'a pas été considérée comme sujet étant bébé, mais n'ayant pas eu la possibilité de conscientiser l'objétisation dont elle a été victime, se permettra enfin de se ressentir l'objétisation vis à vis de son enfant. Elle se sentira "débordée", "esclave du bébé" et lui en voudra de se comporter "égoïstement". Elle adhérera à des théories visant à déculpabiliser les parents et montrant le bébé comme un capricieux à qui il faut "apprendre" à ne pas demander. Elle lui demandera l'affection que ses propres parents n'ont pu lui donner, elle se permettra de devenir une petite fille avec son enfant. Elle l'étouffera, puis l'abandonnera quand elle en aura envie, à des nourrices, ou dans son lit. Elle se sentira enfin libre d'être ce qu'elle est, libre de ses mouvements, et laissera le bébé à sa détresse, en minimisant ses pleurs.

Je constate cette tragédie chaque jour, dans le métro, dans la rue. Je vois deux mamans qui discutent, passionnées de leur entretien, elles ne prêtent pas attention au bébé dans la poussette qui tend ses petites mains vers sa mère, voulant lui montrer sa dernière et immense découverte (un chien qui aboie, des enfants qui jouent au vélo), ou réclamant son attention, ses caresses, son regard. On voit parfaitement la petite fille cachée en la mère qui dit enfin "Je parle avec qui je veux, quand je veux et PERSONNE ne m'en empâchera à présent". Alors le bébé pleure. Elle fait rouler la poussette d'avant en arrière, simulant un bercement pour le calmer, alors que tout son être pense "Tu me déranges". Le bébé pleure alors d'autant plus fort. Et là, la mère est obligée, sous peine de passer pour une mauvaise maman, de s'occuper de lui. Les deux mères se regardent alors compatissantes "Ah là, là, c'est dur d'être maman". Et la mère souffre en profondeur de se sentir esclave de ce bébé, qu'elle espérait consolant, alors qu'il se révèle envahissant. Le bébé, lui est en train de vivre une grave perturbation de son développement émotionnel, psychique et neuronal.

 

Comment le corps construit son coffre-fort blindé

Le corps est une merveilleuse machine qui veille sans cesse sur lui-même. Ses émotions sont les alarmes vitales lui permettant de prendre connaissance du bienfait ou du danger encouru, mais aussi les signaux permettant de faire savoir aux autres nos intentions (pacifiques ou destructrices). Lorsque quelqu'un arrive vers nous le regard chargé de haine (son corps a enclanché le signal émotionnel "haine"), notre corps nous signale "peur". En gros le corps fait "BIP BIP, DANGER, ALERTE" grâce à la peur. Les moyens mis en oeuvres, décisions, sont une autre fonction du corps, qui est prévue pour être parfaitement relayée. Par exemple: "Fuis!" ou "Il est de force égale: combat!"

Normalement, si le cerveau a été correctement construit, c'est à dire que le bébé a été reconnu dans son expression des différentes émotions, l'être humain est parfaitement apte à faire fonctionner ses signaux correctement. Pour simplifier, imaginons le comme une machine (merveilleuse, complexe et sensible, mais c'est pour mieux comprendre):

Le bébé pleure car il est inquiet de ne pas voir sa maman, la maman arrive, le prend dans ses bras, cela donne==>

Fonction cerveau bébé = Inquiétude. Activation émotionnelle maman= Inquiétude détectée, bébé fonctionne correctement, émotion validée, prend dans les bras. Fonction cerveau bébé = confiance en l'autre. Emotion confiance opérationnelle.

Ou encore le bébé jette sa cuillère parce qu'il n'aime pas la purée de carotte, en faisant un cri très expressif de colère. La maman, ramasse la cuillère et demande au bébé: "Tu n'aimes pas? Tu veux manger cela, ou plutôt cela, cela?" Cela donne==>

Fonction cerveau bébé = Colère. Activation émotionnelle maman=Colère détectée, bébé fonctionne correctement, émotion validée, propose alternative raisonnable de nourriture. Fonction cerveau bébé = Ma colère marche. je n'hésiterai plus à faire valoir mes droits.

 

Ainsi, progressivement, validant ses émotions les plus simples aux plus complexes, le bébé construit le tissu neuronale adéquat qui lui sert à ressentir les émotions et à les exprimer. C'est le SOI. Vers 1 an et demi, le cerveau est prêt à construire la conscience du SOI. Un programme fabuleux veillant sur ses émotions et permettant la mise en place de décisions, de réfléxion, relayant les informations aux différentes parties du cerveau pour que la survie du sujet soit garantie. La conscience de Soi (située selon Damasio dans le tronc cérébral) veille à tous les échanges d'informations et communique entre les différentes parties. Il dit au cortex préfrontal qui réfléchit: "Hé Cortex! Je suis triste!" Le cortex répond: "Pour quelle raison?" La conscience de Soi va demander à d'autres régions du lobe frontal "Pour quelles raisons?" La région en charge du raisonnement répond "Parce que le petit chat est mort!" La conscience de Soi dit au Soi "Ok, tristesse validée". Le Soi dit à la conscience: "Merci, prévient le système lymbique que je suis triste" La conscience prévient le système lymbique, puis celui-ci fait activer le déclenchement des larmes et la circulation des neurotransmetteurs, etc, etc La conscience est un chef d'orchestre et sa baguette est le cerveau!

Mais si l'enfant n'a pas eu toutes ses émotions validées, voici ce qui se passe.

Bébé jette sa cuillère, Maman tape sur la main (elle signale colère et haine): "Méchant bébé!" Bébé pleure la douleur de la tape et l'inquiétude d'avoir un parent brutal. Maman crie "arrête de pleurer et mange!" (signal émotionnel de destruction) bébé pleure de plus belle (grande peur de la destruction), ses signaux de souffrance sont en état d'alerte maximum. Sa petite machine intérieure attend le réconfort de la maman. Mais voilà que la mère s'asseoit sur une chaise, met la tête entre ses mains et se met à pleurer aussi: "Je ne sais plus quoi faire! Je suis fatiguée!" Elle enclanche les signaux émotionnel du besoin affectif, de la tristesse. Tous les signaux émotionnels du bébé sont perturbés, il est extrêmement affolé et stressé, son corps déclenche des gerbes de cortisol qui sont comme des acides puissants qui peuvent bloquer le coeur, provoquer un malaise vagal, bref...le tuer.

Alors le corps du bébé qui gère sa survie comme il le peut, vient chercher toutes les émotions reconnues à présent comme dangereuses et les enfouit dans les replis des différentes parties du cerveau. Les émotions vont se cacher dans le système nerveux entérique (le cerveau abdominal) où elles resteront coincées. Le diaphragme se durcit pour éviter que la respiration ventrale vienne trop remuer les intestins. Le bébé va à présent respirer par le haut des poumons. Les souvenirs de cet évènement douloureux vont aller se nicher dans les recoins tortueux du lobe frontal pour éviter de réactiver une douleur qui s'avérerait dangereuse pour la santé fragile d'un enfant dont le cerveau est encore en développement. C'est le refoulement.

A 1 an et demi, la fonction "conscience de Soi" est prête. Si le Soi ne s'est pas constitué normalement, elle deviendra conscience de "ce qui se trouve-là". Et ce qui se trouve là quand le bébé a été objétisé, c'est un parent introjecté. Le bébé s'est adapté au désir du parent et croit que les désirs de ses parents sont les siens propres, afin de pouvoir survivre. Le parent a réalisé une arnaque en toute impunité sur le Soi de l'enfant. Il lui a volé une part immense de sa véritable vie. 

Imaginez vous une machine de fête foraine avec un grappin qui vient quoi qu'il arrive choper avec sa pince un objet dans son intérieudr. La machine, quelle que soit la peluche ou le jouet saisi ne réfléchit pas à la cohérence de ce qui est saisi. Si le fournisseur a décidé d'y fourrer des cailloux, la pince chopera des cailloux. La conscience du Soi fonctionne aussi comme cela. Quelles que soient les émotions validées ou non, elle aura conscience de ce qui se trouve là. Les émotions de bébé fonctionnelles ou non.

C'est ainsi que l'être humain grandira sans jamais savoir "ce qui est juste ou non", ce qui est vrai, ce qu'il désire véritablement. Une opinion en vaudra une autre, la quête de cette étoile qui lui semble si lointaine se fera à travers la recherche de sensations, d'expérimentations, en ignorant toujours que ce soleil qui demande tant à briller se trouve caché au dedans. D'autres qui ont cadenassé si fort le coffre où sont enfermées chaque émotion refoulée, se persuaderont avec vigueur de leurs opinions. Ce sont les personnes qui cherchent à convaincre les autres en permanence, afin d'être plus nombreux pour faire tenir ce couvercle qui menace à chaque instant de sauter.

Quels auraient été les véritables désirs de l'enfant si le parent lui avait laissé la possibilité de s'exprimer? Qu'aurait apporté au monde l'enfant, dans son riche potientiel de créativité? Nul ne le saura jamais. C'est perdu pour toujours. Même si le Soi pourra être développé plus tard, grâce à une thérapie visant à libérer les émotions, ce sera le Soi d'un adulte. Il n'aura jamais pu expérimenter la vie d'un enfant ou d'un adolescent à travers le filtre de son véritable regard à lui. Certaines personnes mêmes, n'auront jamais expérimenté de leur vie entière leur véritable être. Les expériences vécues n'ont de véritable valeur que vécues à travers le Soi. C'est une personne qui a fait le tour du monde qui écrit cela. Je peux vous dire que le voyage le plus merveilleux qui m'a été donné de vivre, fut celui en moi-même.

 

Récupérer son Soi, la déclaration d'indépendance


Il ne suffit pas d'écrire le mot liberté sur les arbres et sur la neige pour l'expérimenter. Il faut en premier lieu reconnaître la véritable expérience du corps, non pas en réécrivant sa propre histoire, mais en la faisant émerger, en allant chercher ce Minotaure que sont les émotions refoulées dans le dédale du corps.

Ce lâcher prise est la plus difficile et la plus salvatrice des expériences. Mais il n'est pas possible de lâcher prise sur ce couvercle solide sans la reconnaissance d'un tiers. Un livre, une personne, ce qu'Alice Miller nomme le "témoin lucide". Le corps n'attend qu'une chose: que l'autre lui dise OUI, tu as la clé et tu peux t'en servir. 

La façon de dire OUI est la reconnaissance de la maltraitance vécue. L'écoute du Soi embryonnaire qui crie sous le couvercle. Ce Soi qui n'existe pas encore vraiment, ne peut crier qu'à travers ce qu'on lui a fait vivre. Pour reprendre l'exemple du bébé tapé, le Soi viendra crier en tapant les autres à son tour. Le corps MONTRE ce qu'il a subi par un langage symbolique, cela peut être une oeuvre d'art, des mots récurrents, un comportement systématique, des maltraitances sur les autres, de la violence, la drogue, l'alcool, la boulimie, le vol, les maladies, les rêves, tout le corps parle SANS CESSE. Il faut que quelqu'un un jour, enfin, sache LIRE, comprenne ce langage au lieu de le juger. Il ne s'agit pas d'aimer ou d'apprécier, ni même d'être d'accord avec tous les faits et gestes d'un adulte qui transfère ses émotions refoulées parfois très brutalement sur les êtres plus faibles, mais de les COMPRENDRE. Comprendre, c'est une clé qui sert à ouvrir des portes afin de voir ce qui EST, ce qui FUT, afin que cela ne SOIT PLUS.

Pour récupérer son Soi, il faut pouvoir revivre les trahisons qui ont été faites sur son propre être. La plupart des personnes sont dans une situation dans laquelle le refoulement a créé une image illusoire du passé. Par exemple cette enfance merveilleuse, les jeux dans le jardin, au soleil, se révèle être l'image sublimée d'une enfance passée seul la plupart du temps, envoyé dans le jardin par des parents trop occupés pour jouer avec eux. Lorsque l'adulte se permet (est permis par un tiers, lecture ou thérapeute) de retrouver la vérité de son enfance, il peut enfin pleurer douloureusement, amèrement la souffrance passée, et enfin, se défaire de ce poids immense qui lui accablait les épaules, rendait son regard triste et vide, chargeait tout son corps d'une tension difficile à supporter et le poussait à prendre des médicaments ou à faire de la sophrologie pour se détendre. Entre autre.