Le développement personnel, une imposture

Un être humain qui est en paix avec lui-même est naturellement porté à effectuer des actions dont les résultats sont ceux escomptés par la mise en application des préceptes du développement personnel. 

Pour donner un exemple, un être humain en paix désirera toujours se nourrir de façon saine, il est de corpulence normale, en bonne santé. S'il ouvre un livre sur les bons comportements alimentaires à adopter, il le refermera rapidement en pensant qu'il le fait déjà et trouvera étrange que l'on doive enseigner ce genre de choses, cela lui est naturel. Ou il se dira qu'il se sent en pleine forme et ne ressentira aucun besoin de prendre chaque jour un jus de ceci ou cela pour améliorer la forme, le poids...

Par contre, un être humain en conflit avec lui-même se dirigera naturellement vers une alimentation reflétant son mal-être intérieur. En lisant un livre de régime, ou même un simple ouvrage sur les bienfaits de tel ou tel aliment pour la santé et la minceur, il culpabilisera immédiatement. S'il tente d'appliquer les préceptes en question, cela lui sera extrêmement difficile et douloureux et il cessera rapidement de le faire. Il s'en voudra alors de n'avoir aucune volonté au lieu d'aller chercher les raisons de son mal-être, celui qui provoque ces comportements. Certaines personnes auront du mal à se reconnaître dans ce profil car leur grande souffrance du passé, font qu'ils sont de "grands résistants". Il sont capables de suivre un régime pendant 2 ans. Ils se forcent à effectuer des exercices draconniens. Ils remarquent les vertus de leur propre régime et sont les premiers à ensevelir leur entourage de conseils avisés (ils sont d'ailleurs souvent eux-mêmes coachs ou thérapeutes à leur tour). Néanmoins ces personnes arrivent à tenir ce comportement militaire, en s'autorisant régulièrement de tomber dans la tentation, ce qu'ils appellent craquage, petit plaisir...Ils peuvent aussi fumer, se droguer ou boire pour se détendre de ces restrictions.

Tout cela ne concerne pas que l'alimentation. Il s'agit de TOUS les sujets traités par le développement personnel. Entres autres, comment vaincre la procrastination, en finir avec la dépression, comment se faire des amis, comment séduire les femmes, comment devenir riche, comment développer son charisme, comment se défaire du stress...La liste est trèèès longue.

La plupart des personnes aujourd'hui cherchent désepérement "Comment" changer, plutôt que de se poser la question "Pourquoi" ils sont comme ça. La question "Pourquoi" nous est en effet un fruit défendu, autorisé aux seuls intellectuels, philosophes et scientifiques. Notre vie de tous les jours est dominée par ce précepte absurde: "Arrête donc de chercher pourquoi, tu ne trouveras jamais la réponse de toute façon, alors cherche plutôt comment! Voilà qui est plus constructif!" Et cela procure une manne confortable pour les psychothérapeutes, coachs, et autres héritiers des religions dogmatiques. 

Tout le monde sait qu'un obèse a des soucis d'ordre psychologique à régler, mais personne ne s'étonne qu'il se soucie plutôt de faire un régime draconnien, on se fasse poser un anneau en fer autour de l'estomac. On pratique une double pensée, parce qu'il semble impossible de pouvoir résoudre les problèmes en profondeur. 

Pour rester dans la thématique alimentaire, imaginons que vous ayez un placard contenant divers produits, des boîtes de conserve, des pots, des bouteilles. Ce que vous recherchez est tout au fond et vous êtes obligé de tout sortir. C'est pénible, mais vous avez réellement besoin de cet aliment précis. Et au moment de tout remettre, voilà qu'une boîte ne rentre plus. Pourtant tout a l'air blindé, et vous vous retrouvez avec cette boîte sur les bras. Que font la majorité des gens? Ils poussent un peu le tout et forcent la boîte à rentrer dans le placard. Elle dépassera un peu et le placard refermera mal durant plusieurs mois. Un jour, vous avez besoin d'un autre aliment au fond, vous ressortez tout. Et vous découvrez qu'un pot s'était renversé au fond, prenant le double de la place qu'il prenait normalement. Votre sensation est alors "Aaaaah!!! Voilà donc ce qui empêchait le placard de fermer comme ça!" Vous ressentez un soulagement et très content vous remettez chaque chose correctement et le placard ferme à nouveau! Désormais, si cela se reproduit, vous n'hésiterez plus à ressortir tout, pour découvrir l'élément gênant.

Voici une petite histoire métaphorique représentant la façon de régler nos problèmes psychiques par le développement personnel, la psychothérapie comportementale et le coaching. 

Les théories du  développement personnels "forcent" la boîte à rentrer, même si le résultat n'en sera qu'approximatif et surtout absurde. Depuis que l'homme a inventé la religion, on lui explique "comment" faire pour obtenir ceci et cela et ces tentatives vaines de déguiser la réalité, au lieu d'en avoir fait une source d'expérimentation, sont devenues des DOGMES. Une expérience intelligente, cela donne:

Expérience 1= Si je prie chaque jour, mon enfant va guérir. Résultat de l'expérience 1= l'enfant est mort.

Une expérience transformée en dogme, cela donne:

Expérience 2, 3, 4....24567 négatif, 24568= l'enfant n'est pas mort! Il faut donc prier chaque jour pour faire guérir son enfant!

Si cela vous semble absurde, comparez avec les régimes, comparez avec le nombre de livres sur le développement personnel que vous possédez, comparez avec le nombre de bonnes résolutions que vous avez prises...

 

Chercher pourquoi, plutôt que comment

Il est bénéfique et sain de se demander POURQUOI. Il est raisonnable et intelligent d'enlever les "boîtes" de notre esprit pour aller chercher au fond (dans notre passé) et découvrir la source du problème, la maltraitance, le déni...

Vous me direz, la psychanalyse, ou la psychothérapie cognitive le font!

Non, la psychanalyse fait la chose suivante: Elle sort toutes les boîtes, voit le pot renversé qui gêne et dit des choses comme:

"le pot renversé n'est pas réellement renversé, c'est un fantasme de renversement"

La psychothérapie cognitive dit:

"Nous avons découvert le pot renversé, mais il faut  à présent lui pardonner. Refermons ce placard, oublions cela et tournons-nous vers l'avenir."

Mais alors, que faire pour "redresser" le pot tombé dans notre passé? 

La première étape est sans aucun doute, la permission d'y accéder. Nous ne pouvons mettre un couvercle sur nos ressentis et nos émotions refoulées. Il faut se permettre, s'autoriser à avoir de la compassion pour les choses douloureuses de notre passé. 

Il existe de multiples raisons qui nous empêchent de nous tourner vers notre passé pour y faire face:

-Vous êtes convaincu que cela ne sert à rien de se tourner vers le passé, car le passé est révolu et qu'on ne peut rien y faire, alors autant ne plus s'en occuper. (Réfléchissez à la première fois où vous avez entendu cela...C'était certainement une fois où vous avez tenté de le faire, mais où l'on vous a donné cette même argumentation, vous rendant honteux d'avoir osé vous apitoyer sur vous-même)

-Vous savez qu'il y a un monstre qui someille et que si vous retournez à cet endroit, vous allez vous faire dévorer. (Syndrôme provoqué par les parents refusant de répondre à vos questions TROP dérangeantes)

-Votre coach, psy, livre de chevet de développement personnel vous a dit de ne pas le faire et vous êtes en pleine thérapie, reconstruction, programme de coaching. (Il est temps d'abandonner joyeusement et de garder son argent!)

-Vous n'avez aucun problème dans votre passé, votre enfance était super, c'est juste depuis quelques années qu'ont commencé les problèmes. (Une enfance merveilleuse, sauf cette fois terrible ou papa vous a décollé la tête avec une grosse baffe...et à bien y réfléchir, ça s'est reproduit de temps en temps, et maman n'a rien fait pour vous défendre..etc, etc)

-J'ai pas envie qu'on me donne de conseils, je veux penser par moi-même. (Bravo! Vous pensez sûrement beaucoup! Et sinon que ressentez-vous?)

 

On prend son autonomie

Donc une fois qu'on s'est permis de manger le fruit de l'arbre de la connaissance, on va enfin pouvoir se permettre aussi de mettre des vêtements, car Dieu est bien gentil de vouloir nous regarder tout nus, mais bon... et par la même occasion, quitter ce jardin d'Eden en toc où on avait le droit de rien faire, à part courir dans les prés et donner des noms aux cerfs.

Youpi! Notre véritable vie commence! Mais sauf qu'on va pas rester sous l'emprise de Dieu, et qu'on va pas se forcer à faire 134 enfants, ni à suer notre front sur la terre, ni à devoir faire des offrandes (d'ailleurs Dieu n'aimait que les petits agneaux et pas les navets, c'était pas un tendre!). On va plutôt prendre la poudre d'escampette! Dans son poème "La conscience", Victor Hugo nous montre que Caïn aurait mieux fait de s'enfuir, car en plus d'avoir osé cultiver des légumes, il a tué ce frère méprisant qui sacrifiait des petits bébés moutons, et du coup s'est fait mettre une grosse marque sur le front et jusque dans sa tombe, l'oeil noir de Dieu continuait à le regarder.

Nous ne voulons pas cela.

Nous voulons manger le fruit, et réfléchir tranquillement à la connaissance qu'il nous a apporté. Si possible, nous souhaitons avoir un ami du même avis que nous, afin de partager notre douleur et avoir une épaule sur laquelle poser la tête!

Donc merci la religion, merci les dogmes, merci le développement personnel, mais moi je préfère dans cette histoire être le serpent! Parce que la Genèse ne le dit pas, mais après qu'il fut condamné à ramper, celui-ci mit un grand bazar dans le jardin et mordit de nombreuses fois Dieu, qui est aujourd'hui mort. (Nietzsche sera d'accord)